Quand le geek se prend pour un consommateur

Le 4 février 2010 — par

Ça n’aura échappé à personne que la grande nouvelle de ce début d’année n’était pas HipHop for PHP que je vous ai narrée hier. Le 27 janvier dernier se tenait la fameuse Keynote d’Apple de janvier, avec Steve Jobs aux commandes, annonçant fièrement sa nouvelle gamme d’appareils mobiles : l’iPad.

La question légitime que tu te poses maintenant, petit panda, c’est : « Pourquoi n’en a-t-il pas parlé avant ? Etait-il en vacances, coupé du monde ? ». Hé non, j’étais bel et bien là, à observer d’abord la Keynote puis à me délecter devant les réactions de toutes parts du Web. J’ai eu beaucoup de mal à comprendre la déception de certains autoproclamés « experts » high-tech. Puis j’ai compris. Ils n’ont pas réagi en tant qu’experts mais en tant que geeks.

Et c’est là l’erreur. Je sais ce que c’est, le geek aime vivre dans son monde et croire qu’il n’y a que des gens comme lui. Ça le rassure. Mais une fois que l’on se met à la place du consommateur lambda, les critiques s’estompent :

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Il n’y a même pas de caméra : On pouvait aussi rajouter un magnétomètre, la 3G et un AppStore sur le premier iPhone. Seulement il ne serait pas sorti en 2007 et pas à ce prix. C’est évident qu’une caméra fera son apparition, comme beaucoup d’autres évolutions. Mais ce n’est pas nécessaire au lancement.

On veut du Flash : Qu’on le veuille ou non, le Flash devient de plus en plus obsolète aujourd’hui, à cause de sa volonté de rétrocompatibilité, les applications Flash ne peuvent pas être bien optimisées et même sur de récents navigateurs comme Chrome les plantages sont fréquents.

Si Adobe avait le même courage qu’a eu Apple le jour où ils ont annoncé l’utilisation de processeurs Intel, rendant obsolètes toutes les applications Mac OS existantes à l’époque, l’évolution nécessaire se serait produite et le Flash serait aujourd’hui bien mieux géré par tout le monde. Schéma applicable à l’IPv6, tant que j’en suis à troller.

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p>De plus cela favorisera l’utilisation du HTML 5, qui permet nativement de lire les vidéos et sons grâce à ses balises. Enormément de ressources sont gâchées aujourd’hui par Flash, il est intéressant de voir comment va évoluer ce format si le succès de l’iPad se confirme. Pour la petite histoire, Google pousse aussi ses utilisateurs à n’utiliser que des navigateurs compatibles HTML 5, et les forcera dans quelques semaines.

Autant acheter un Kindle : Etonnante réaction de la part de geeks, pour le coup. Un Kindle de la même taille d’écran, soit le Kindle DX, coûte $489, face aux $499 de l’iPad, je pense que le comparatif technique se passe de commentaires, même n’importe quel geek bien constitué prendrait un iPad.

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C’est juste un gros iPhone : Utiliser iPhone OS n’était pas un choix mais une évidence. Plus de 75 millions d’appareils avec iPhone OS sont aujourd’hui en circulation, l’écosystème des applications permet à n’importe qui d’installer (voire en payant) n’importe quelle application, n’importe où. L’iPhone OS ne mérite pas d’avoir « Phone » dans son nom. C’est un OS pour Netbook à l’image de Jolicloud. Et il a favorisé le switch vers Mac OS pour un grand nombre d’utilisateurs depuis son lancement en 2007 (parts de marché triplées en 2 ans).

A la sortie de l’iPhone, Digital Life America avait sorti une étude pour étudier le profil type d’un early adopter de l’iPhone, s’il coûtait $499 à son lancement. Intéressant puisque c’est le prix de notre iPad aujourd’hui.

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L’iPhone fanboy moyen est donc bel et bien le cadre dynamique et citadin que vise Apple avec son iPad. Si vous avez regardé la Keynote, il ne vous aura pas échappé que toutes les démonstrations ont été faites bien confortablement dans un fauteuil de salon, imposant l’objet comme l’accessoire indispensable à mettre dans son séjour.

Non, l’iPad n’est pas l’objet geek ultime, il est destiné à un réel usage par des gens qui vivent dans la réalité. Et manifestement beaucoup se sont acommodés des lacunes de la première génération d’iPhone. Il en sera de même pour cette première génération d’iPad, surtout à ce prix.

Apple ici ne tombe pas dans l’erreur que tous les fabricants de tablette s’amusent à reproduire depuis des années : Fournir une bête aux spécifications techniques imposantes, donc chères, avec un OS non-adapté, laissant l’utilisateur se débrouiller comme il peut pour s’en servir au quotidien.

Objet dont vous en aurez l’utilité ou pas, c’est un débat qui vous incombe, cependant Apple n’avait besoin pour réussir sa mise sur le marché que d’un buzz, qu’il soit bon ou mauvais. L’appareil est prêt et répond aux attentes des consommateurs, il aura donc son succès attendu. Et si vous n’êtes pas satisfait, attendez les mises à jour car il y en aura peut-être plus vite que prévu.

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